La Taupe (Tinker, Tailor, Soldier, Spy, 2012)

Affiche du film "La Taupe"1973. La guerre froide empoisonne toujours les relations internationales. Les services secrets britanniques sont, comme ceux des autres pays, en alerte maximum. Suite à une mission ratée en Hongrie, le patron du MI6 se retrouve sur la touche avec son fidèle lieutenant, George Smiley. 
Pourtant, Smiley est bientôt secrètement réengagé sur l’injonction du gouvernement, qui craint que le service n’ait été infiltré par un agent double soviétique. Epaulé par le jeune agent Peter Guillam, Smiley tente de débusquer la taupe, mais il est bientôt rattrapé par ses anciens liens avec un redoutable espion russe, Karla. Alors que l’identité de la taupe reste une énigme, Ricki Tarr, un agent de terrain en mission d’infiltration en Turquie, tombe amoureux d’une femme mariée, Irina, qui prétend posséder des informations cruciales. Parallèlement, Smiley apprend que son ancien chef a réduit la liste des suspects à cinq noms : l’ambitieux Percy Alleline, Bill Haydon, le charmeur, Roy Bland, qui jusqu’ici, a toujours fait preuve de loyauté, le très zélé Toby Esterhase… et Smiley lui-même. 
Dans un climat de suspicion, de manipulation et de chasse à l’homme, tous se retrouvent à jouer un jeu dangereux qui peut leur coûter la vie et précipiter le monde dans le chaos. Les réponses se cachent au-delà des limites de chacun…

Après le très réussi et très original film de vampires “Morse”, sorti en 2009, primé par le grand prix et le prix de la critique internationale de Fantastic’Arts – Festival du Film Fantastique de Gérardmer de la même année, Tomas Alfredson revient à la réalisation avec une adaptation en deux heures bien rythmées de la Taupe, premier opus de la trilogie de John Le Carré – La Constance du jardinier, L’Espion qui venait du froid – consacrée à l’espion George Smiley, incarné par un Gary Oldman en forme, après une adaptation par la BBC en 1965 avec Alec Guiness, dans un film d’espionnage bien loin de James Bond ou d’Eytan Hunt.

L’histoire de La Taupe nous envoie dans les entrailles et les manigances du Cirque, quartier général du MI6 – service de contre espionnage britannique – en 1973, en pleine guerre froide, à travers la recherche d’une taupe, membre de l’équipe dirigeante de ce service, qui vendrait des secrets à l’URSS et a entrainé l’échec d’une mission en Hongrie ou le service a perdu une occasion de retourner un agent ennemi en même temps que la vie de son propre agent.

Au delà de la plongée dans les secrets des services d’espionnage européens en pleine guerre froide, la réussite de ce film repose sur la vision de son réalisateur qui a choisi une ambiance glaciale pour y poser cette histoire, avec un dépouillement des artifices habituels d’un film de ce genre, telles que la longue liste des gadgets de chaque opus de James Bond, et une intrigue non pas complexe mais complète, qui rébutera peut être puisque n’offrant pas immédiatement la solution, imbriquée elle même dans une époque et une athmosphére si particulière de l’Angleterre des années 1970.

Le tour de force de ce film est aussi celui de s’appuyer sur un casting solide mené par Gary Oldman – George Smiley – dans un jeu d’acteur parfait, tiraillé par sa situation familiale, ses années d’expérience au sein du Cirque et les conséquences de la présence d’une taupe au sein de son service, aidé en cela par Benedict Cumberbatch – jouante le rôle de Peter Guillam, bien loin de Sherlock Holmes, excellent dans une scène clé du film, le vol de documents à l’intérieur du Cirque, et dans l’évocation toute en finesse de son homosexualité-.

A travers un scénario bien travaillé on entre dans son enquête qui devient la nôtre, avec le tour de passe passe d’intégrer la description de cette galerie de personnages dans l’enquête en elle même, dans un rythme qui n’a que l’apparence de la lenteur mais qui nous mène à un dénouement ou aura été mêle politique, espionnage et relations personnelles sans jamais vraiment nous suggérer qui est la taupe, en dehors du dénouement final.

Colin Firth – le sulfureux Bill Haydon -, plus habitué au premier rôle, et Ciarán Hinds – le supsect Roy Bland – , qu’on ne présente plus, appuient l’intrigue, campant deux des responsables du MI6, aidé dans leur tache par Mark Strong – Jim Prideaux – , John Hurt – Control – , Toby Jones – Percy Allenine – , David Dencik – Easterhase – et Tom Hardy, tous présents à l’écran dans un jeu juste et intéressant.

On passe donc un excellent moment devant La Taupe, plongé dans une enquête d’espionnage passionnante, à travers la double performance de Tomas Alfredson et Gary Oldman.

Ils en parlent aussi:

De fait le découpage est perturbant et nécessite un minimum d’attention et de perspicacité de la part du spectateur. De courage, aussi. Le rythme est lent, à l’allemande, et aucun robot ni alien gobeur d’ovules à l’horizon : nous voilà plongés dans le film d’espionnage à papa, à l’atmosphère envoûtante, au contexte légèrement oppressant ; celui du conservateur Edward Health à la tête du gouvernement britannique dans un Royaume-Uni pris en sandwich entre la puissance N°1 et le Soviétique Podgorny. Nous sommes ici bien loin de l’actioner auto-référentiel, du film de gadgets musclé. On tape dans l’espionnage cérébral. Ce script chaotique, dans lequel Alfredson tente de nous noyer présente malgré tout une interprétation pleine de sens : les agents de terrain ne semblent eux-mêmes pas savoir ce qu’ils foutent. Le contexte de guerre froide transparaît comme une grosse farce qu’illustrait parfaitement Le Comédien d’Alan Moore. L’honneur est au coeur de La Taupe. Et même l’honneur est une valeur relative. Seul Smiley paraît incorruptible.

Critique – La Taupe – Geek Culture

Une des qualités du film c’est aussi qu’en leur donnant un passé, une vie, des amours, des faiblesses, Alfredson rend aussi ces personnages humains, pas seulement idéalistes ou motivés par l’argent. Leurs personnalités souvent complexes, est abordée par petites touches, distillées peu à peu (la relation difficile de Smiley avec Ann son épouse, l’homosexualité de Guillam, la frustration sexuelle de Connie, la relation ambiguë entre Prideaux et Haydon qui se révèle totalement à la fin).

Critique : La Taupe de Tomas Alfredson – Critique-film.fr

Un très bon film d’espionnage, avec un style British « old school » très plaisant, porté par un casting très en forme. A voir.

Critique ciné : La Taupe – Pulpmymind.com

Malgré cette complexité, on reste tout de même scotché au film tant l’atmosphère est prenante. De sa Suède natale, Alfredson a gardé la froideur de sa mise en scène et mène constamment l’enquête dans des lieux fermés, étouffants, avec une rigueur graphique glaciale. Il distille tout au long du film une ambiance paranoïaque fascinante et une reconstitution des années 70′s de manière sombre et dont on ne peut se défaire. Si le récit peine à monter en pression, nous amenant doucement vers la résolution de l’enquête, cette plongée dans les arcanes des services secrets est passionnante et jamais notre œil ne lâche l’écran. Les oreilles non plus d’ailleurs puisqu’en plus de chaque plan travaillé, chaque mot a son importance et chaque personnage a son importance, même lorsqu’il n’apparait que peu de temps à l’écran.

La Taupe, critique – Myscreens.fr

Le film débute par une scène très intense, celle où un agent envoyé à Budapest fait échouer la mission qui finit dans un bain de sang. Du sang, peu en est versé. Des explosions, il y en a peu ou presque pas. Et pourtant, le film plutôt linéaire, par moment, comme un encéphalogramme, s’emballe. Et le coeur des spectateurs avec lui. Je repense à quelques moments bien précis où la violence, parce qu’elle est absente du film par ailleurs, crève l’écran. Pour le reste, l’intensité découle moins du propos que de la mise en situation. La caméra se glisse entre deux gouttes de sueur, elle entre dans le fog londonien, porte un regard peu clément sur le monde qu’elle filme. Elle dénonce les traîtres en les enlaidissant (je n’en dirai pas plus, c’est promis). Et puis, il y a des moments uniques de cinéma. Je repense à cette scène pratiquement nue où Smiley évoque de vieux souvenirs au jeune chasseur de scalps. Dans la pénombre d’un appartement, il se livre. Ses propos à peine compréhensibles, on ne les retiendra pas. Le spectateur ne pourra manquer d’avoir en mémoire le visage de Gary Oldman, sa peine. Il parle de Karla, d’un briquet, d’une femme qu’il a aimée. L’être froid montre son âme, un court instant. Il y en a bien d’autres des moments de grâce qui donnent à ce film prétendument austère de la profondeur et une très grande humanité.

La taupe: Smiley ou l’anti Eytan Hunt – Cinefeed.com

En disséquant froidement la psychologie troublée de ses personnages – le taiseux, impitoyable et blessé George Smiley en tête –, le réalisateur Tomas Alfredson parvient à connecter le spectateur d’aujourd’hui aux 70’s. Sa mise en scène d’une précision implacable, qui suggère tout en montrant, qui temporise autant qu’elle saute les étapes et brouille les pistes, sert à merveille la complexité du scénario. Un script adapté avec malice du roman de John Le Carré, dont la densité semblait un frein à toute adaptation cinématographique. Pourtant, de rajouts en raccourcis et trahisons, LA TAUPE recrée à merveille l’atmosphère pesante et envoûtante du livre, en une sorte de suspense cérébral plus tendu que n’importe quel actioner. Emporté par la paranoïa qui régit la narration, le spectateur finit par être totalement happé par l’univers du film, et en devenir un pion comme un autre. Perdu, balloté de doutes en certitudes. Alors, forcément, LA TAUPE ne s’adresse pas au tout-venant. Exigeant et langoureux, il demande au public l’effort de relier les points, de réfléchir à ce qu’il voit.

LA TAUPE : Chronique – Cinemateaser.com

On commence à être habitué avec Thomas Alfredson : ses films ne ressemblent en rien aux (gros) modèles du genre. Morse ne pouvait être plus éloigné de la saga Twilight, c’est de James Bond que La Taupe se distingue très nettement. En apparence, le film offre une plongée classique dans l’univers de l’espionnage et du contre-espionnage. L’époque, la Guerre froide, est sans conteste la plus propice : les espions et les agents doubles étaient alors une réalité et la paranoïa n’y était pas superflue. Autant dire que cette histoire de taupe au sommet du MI6 est absolument crédible et on imagine tout à fait l’équivalent soviétique tenter d’infiltrer le Cirque à la recherche d’informations.

La Taupe, Thomas Alfredson – Nicolinux.fr

About Yann

Passionné de cinéma, avec jamais assez de temps pour le savourer.   Mon panthéon: Le cercle des poètes disparus, Air Force One, La cité interdite, Le dernier empereur, Dans la ligne de mire, Le roi et l'oiseau.